DE PHILON D'ALEXANDRIE AUX
EGLISES COPTES
|
|
Pour voir la liste des anciennes tribunes libres, suivez le guide ... 1 Préambule : Aux temps anciensPensée égyptienne et pensée hébraïque La Bible hébraïque nomme 600 fois l'Egypte et 270 fois Pharaon. Et le Décalogue commence par préciser que YHWH a fait sortir son peuple du pays d'Egypte, la maison de l'esclavage. Et l'on ressent dans toute la Bible un peuple traumatisé par ses origines lointaines. Il est vrai que la puissante Egypte était un ennemi redoutable pour le petit peuple hébreu. Mais le fait de s'opposer, par les armes ou par les idées, n'a jamais empêché les influences. Les voisinages, géographiques ou idéologiques, sont toujours l'objet de luttes mais aussi d'influences réciproques. Les récits concernant Moïse, Abraham, Joseph, Jésus lui-même avec sa famille et d'autres qui, selon la Bible, ont séjourné en Egypte, sont plus ou moins affectés d'amplifications légendaires. Mais ils symbolisent bien ces nombreux déplacements de populations qui se sont produits entre les deux pays, assortis aussi de déplacements des idées. Cependant nous devons garder en tête qu'une autre zone d'influence était représentée par la Chaldée (ou Babylonie), dont la Bible parle également abondamment à travers les récits des patriarches. Sans vouloir être exhaustif, nous allons citer quelques ressemblances et quelques différences entre pensées égyptienne et juive, celles qui semblent les plus importantes pour la formation ultérieure du christianisme. Mais d'abord, il faut couper court à des idées qui se sont répandues récemment dans des revues peu sérieuses, suivant lesquelles Moïse aurait pris à Akhénaton l'idée du monothéisme. Cela n'a pas de sens. Car Akhénaton a vécu au quatorzième siècle avant J.C., alors que le monothéisme[1] date chez les Hébreux de l'époque de l'exil à Babylone, soit le sixième siècle. Sans compter le caractère extrêmement légendaire de la figure de Moïse. Quelques ressemblancesLa morale et la sagesse du judaïsme ancien sont proches de la sagesse égyptienne. On a remarqué depuis longtemps des analogies entre le Décalogue et le Livre des morts égyptien, mais aussi avec le catalogue des péchés babylonien. Un sage égyptien, figuré par le dieu Toth, mais désigné plus tard sous le nom d'Hermès[2] par les Grecs, aurait influencé le petit peuple hébreu avant son départ d'Egypte. Certaines formes littéraires bibliques sont étonnamment proches de la littérature égyptienne : par exemple les psaumes ressemblent beaucoup à certains poèmes égyptiens. Il faut souligner aussi l'importance de la parole . En Egypte comme en Israël, le mot prononcé produit la réalité. La parole crée le Monde parce qu'elle se confond avec l'action (c'est d'ailleurs le même mot en hébreu, dabar, qui désigne la parole et l'action). C'est « en disant » que YHWH crée les cieux, la terre et tout ce qu'elle contient. D'où l'importance du nom. Ne pas donner son nom, comme YHWH, ou donner un faux nom, comme les dieux égyptiens, c'est refuser de dévoiler l'essence de son être. Et puis connaître le nom de quelqu'un c'est déjà avoir un certain pouvoir sur lui. Et si la personnalité change, il faut changer le nom ; ce qui arriva à Abrahm et à Saraï, à Jacob etc. D'où aussi l'importance de l'écriture , parole qui traverse les temps et les espaces, et la frontière entre les mondes. Pharaon s'enferme dans sa pyramide avec des écritures qui tapissent toutes les salles. Elles l'aident à survivre. L'écriture participe à l'éternité. Du fait que la culture égyptienne est bien plus ancienne que la culture hébraïque, on lui attribue évidemment, et pas forcément à tort, un certain nombre d'antécédents. Par exemple l'importance du sacrifice, la circoncision, le baptême, l'organisation et le rôle du temple etc. Quelques différences fondamentales Pour le petit peuple hébreu qui se perd dans la nuit des temps, on se passe fort bien de roi. Car c'est YHWH qui est Roi et gouverne directement son peuple. Mais comment le peuple peut-il être gouverné par un Seigneur aussi inaccessible, et aussi haut au-dessus des hommes ? La réponse est : grâce à la Loi qui représente le volonté de YHWH. Au contraire, toute la société égyptienne est organisée autour de Pharaon et, pourrait-on dire, pour Pharaon, pour qu'il vive bien et éternellement. Il est, suivant les époques, de naissance divine, ou fils de Dieu, ou Dieu lui-même[3]. Il est au contraire impossible, dans la mentalité d'Israël, qu'un homme soit Dieu ou l'incarnation de Dieu. De sorte que, schématiquement, la Loi est à Israël ce que Pharaon est à l'Egypte. Les Hébreux ont avancé vers l'Etat de droit avant les autres. Mais le beau rêve se termine un jour. Et le premier livre de Samuel (ch.8) nous raconte que le petit peuple demande un roi « comme toute les nations ». Samuel les met en garde « Il prendra vos fils,.. vos filles,... vos champs,... vos serviteurs et vos servantes. Il lèvera la dîme et vous deviendrez ses esclaves ». Mais le peuple refuse d'écouter le prophète et Israël, comme les autres nations, entre dans la série des royautés plus ou moins réussies. Le livre du Deutéronome parle aussi de cette fâcheuse évolution (Dt 17,14-20) et précise bien que le roi ne devra pas être riche, ne devra pas avoir trop de femmes ni d'or ni d'argent. Mais surtout il devra recopier la Loi et la relire tous les jours de sa vie. On ne peut pas dire que Salomon ait bien suivi ces recommandations[4] et dès qu'il a voulu organiser l'Etat d'Israël, il a fait venir des scribes d'Egypte pour s'inspirer du modèle pharaonnique. Une autre différence est bien plus importante. Il n'y a pas de vie éternelle, ou de survie après la mort, chez les Hébreux[5] . Une fois qu'Abraham est mort, il est bien mort, rassasié de jours. Dans la pensée sémite primitive, il n'y a qu'un monde, le nôtre. Le monde sémite est donc assez concret. Chez les Egyptiens, au contraire, nous sommes en présence de deux mondes, celui-ci et l'au-delà vers lequel Pharaon d'abord, l'aristocratie égyptienne ensuite et enfin le peuple, aspirent à aller. Mais il faut triompher de l'épreuve du jugement et d'une terrible balance qui pèsera les bonnes et les mauvaises actions. Le christianisme, l'islam et le judaïsme tardif reprendront ces représentations. Et quelle différence entre d'une part Pharaon qui, ne pensant qu'à sa survie, fait construire, au prix d'immenses sacrifices pour son peuple, une incroyable pyramide destinée à assurer la conservation éternelle de son corps, donc de son âme[6] ; et d'autre part Moïse qui, ne pensant qu'à conduire son peuple vers la terre promise, meurt satisfait après l'avoir vue « sans que personne n'ait jamais connu son tombeau jusqu'à ce jour » (Deut 34,6). Remarquons que les mythes fondateurs du peuple d'Israël, la chute, Babel, le déluge, l'exode etc. se passent sur notre terre avec des hommes et des femmes qui sont des héros, des patriarches ou des prophètes mais qui sont bien humains. Alors que les mythes fondateurs égyptiens (comme grecs d'ailleurs) se passent chez les dieux, dans l'autre monde, mais aussi dans celui-ci. Ce qui permet à ces dieux de rencontrer des hommes et des femmes, de se mêler à eux. De sorte que la limite entre les dieux et les hommes n'est pas toujours très nette. Par exemple le Dieu Horus vient féconder une femme pour donner naissance à Pharaon, fils de Dieu ; genre de mythe que l'on rencontrera dans le christianisme, mais qui n'est pas juif du tout. Pensée égyptienne et pensée grecque La Grèce a formé un pont, un lieu de passage entre la pensée égyptienne et le christianisme, parce qu'elle a pris le relais de l'Egypte bien avant les conquêtes d'Alexandre. On peut situer le déclin de la civilisation égyptienne au tournant des deuxième et premier millénaires avant J.C., qui marque précisément le début de la civilisation grecque. Autrement dit, l'une a pris le relais de l'autre à travers des influences multiples passant notamment par la Crète. On dit que Thalès, Pythagore et Platon ont séjourné en Egypte. L'opposition entre esprit et matière vient d'Egypte. Car l'humain a un corps matériel, mais il est d'essence spirituelle. Schématiquement, on peut dire qu'il a une âme immortelle, qui aspire à rejoindre l'au-delà après la mort du corps. Mais c'est l'esprit qui préexiste à la matière et la crée. Un texte égyptien précise avec beaucoup de pertinence: « la pensée de Dieu fait exister l'homme. La pensée de l'homme fait exister Dieu ». On retrouve bien cette position chez Platon, pour lequel deux mondes coexistent, celui des idées (le monde intelligible) et celui des choses (le monde sensible). Mais le premier est la réalité ultime, car la pensée, ou l'esprit, est l'essence de l'être. Pour l'éminent philosophe, l'âme est préexistante ; elle tombe dans un corps lorsqu'elle ne parvient plus à suivre les dieux ; et elle cherche donc à se libérer pour rejoindre le monde d'en haut. Mais c'est bien l'âme qui est la réalité supérieure. Platon a-t-il pris ses idées en Egypte ? Certains le prétendent, à travers l'étude de l'hermétisme[7] ou doctrine d'Hermès. Ce qui est certain, c'est qu'inversement la philosophie platonicienne sera aisément compréhensible par les intellectuels d'Alexandrie, parce que proche de la pensée égyptienne. Elle entrera là en résonance avec la gnose (qui avait certaines idées proches de Platon) pour influencer fortement le judaïsme puis le christianisme. C'est ce que nous allons développer maintenant. 2 Alexandrie avant le christianismeFondée par l'empereur Alexandre en 331 avant J.C., Alexandrie était la plus grande ville du monde hellénistique, ville prospère, cosmopolite, intellectuelle, commerciale et industrielle. Les Lagides, qui régnèrent sur l'Egypte après la mort d'Alexandre, y firent leur capitale et y attirèrent les savants de l'époque. C'était une ville grecque, mais qui comportait 40% de juifs et évidemment des autochtones. L'implantation juive en Egypte datait principalement de l'époque de la déportation à Babylone (6e siècle avant J.C.) pendant laquelle un bon nombre de juifs s'installèrent, particulièrement dans l'île d'Eléphantine au large d'Assouan, pour éviter la déportation. Alexandrie était la métropole du savoir et de l'enseignement. On y enseignait tout, la géographie et l'histoire, l'astronomie, la mécanique, l'architecture, la médecine, la philosophie. Et sa bibliothèque, qui brûlera trois fois, était bien connue à la ronde. Les conditions étaient réunies pour que s'opère dans cette ville un immense syncrétisme entre les cultures égyptienne, juive et grecque, qui plus tard influencera le christianisme alexandrin puis l'ensemble du christianisme.. La Septante, ou Bible d'Alexandrie L'origine est une traduction en grec des cinq premiers livres de la Bible hébraïque, au troisième siècle avant J.C[8] . D'une part Ptolémée II, roi grec d'Egypte, voulait pouvoir accéder au livre des juifs pour mieux connaître cette fraction-là de ses sujets. D'autre part beaucoup de juifs d'Alexandrie ne savaient plus très bien l'hébreu et avaient donc besoin d'une traduction dans leur langue vernaculaire. Les autres livres de la Bible hébraïque ont été traduits un peu plus tard, soit à Alexandrie, soit en Judée (on ne sait pas très bien). Cependant, comme la Bible hébraïque elle-même évoluait encore[9] , des corrections ont été apportées au fur et à mesure à la Septante, de manière à l'adapter à l'évolution du texte hébreu. De sorte qu'en fait, il existe plusieurs textes de la Septante, d'époques différentes. Et lorsque l'on parle de « la Septante » on considère donc le texte supposé le plus ancien. En général, les citations de la Bible hébraïque, faites dans le Nouveau Testament, sont tirées de la Septante. Les Pères de l'Eglise, qui savaient bien plus facilement le grec que l'hébreu, utilisaient également cette Bible d'Alexandrie et finirent par oublier le texte hébreu. Elle devint donc la Bible des chrétiens, ce qui conduisit le monde juif à ne plus s'en servir et à recommencer pour lui, au deuxième siècle, d'autres traductions en grec de son livre sacré. La Septante diffère du texte hébreu pour de multiples raisons Comme nous avons dit, elle traduit un texte qui n'a pas fini d'évoluer. Elle est donc généralement plus courte, car les textes évoluent beaucoup plus par ajouts successifs (qui ne sont, au début, que des commentaires) que par suppressions. Par exemple les Livres de Jérémie et de Josué sont 20% plus courts en grec qu'en hébreu. Il va sans dire qu'il est extrêmement intéressant de pouvoir disposer d'une photo du texte biblique quelques siècles avant qu'il soit figé par le canon. Ceci permet notamment de comprendre le mécanisme d'évolution d'un texte ancien. Notons que certaines parties de livres bibliques retrouvées à Qumran, en hébreu celles- là, sont assez proches des livres correspondants de la Septante, justement parce qu'elles reflètent l'état du texte à la même époque, deux siècles environ avant J.C.. Mais il n'y a pas, entre les deux textes, que des différences dues au phénomène qui vient d'être décrit. Il y a aussi, volontairement et parfois discrètement, de la part des docteurs alexandrins, des écarts introduits par la traduction, et destinés à atténuer quelques expressions choquantes, ou bien à s'adapter à la culture grecque, ou bien à signifier des préoccupations théologiques de l'époque qui n'étaient pas celles du livre primitif. Sous la première rubrique, nous pouvons remarquer que « YHWH, homme de guerre » (Ex 15,3) est traduit par « le Seigneur, briseur de guerre » et que « YHWH des armées » est traduit par « le Seigneur tout puissant ( Kurios pantocrator) » Sous la seconde rubrique, notons que la stérilité, qui est présentée comme une malédiction dans les Proverbes, est remplacée par la passion de la femme , car la stérilité n'est pas aussi dramatique en milieu grec qu'en milieu juif. Autre détail amusant : le vent d'est qui apporte des sauterelles est remplacé par le vent du sud, car en Egypte ce vent-là vient du sud. La troisième rubrique est plus conséquente. Par exemple, elle renforce l'attente messianique, qui était bien plus précise à l'époque grecque que quelques siècles plus tôt. Alors que la Genèse écrit en 49, 10 « Le sceptre ne s'éloignera pas de Judas, ni le bâton de commandement d'entre ses pieds », nos docteurs alexandrins traduisent allègrement « Un chef issu de Judas ne manquera pas, ni un guide issu de ses cuisses ». De même, les Nombres (24,17) écrivent « D'Israël se lève un sceptre» qui devient dans la Septante « D'Israël surgira un homme ». Dans un autre ordre d'idées, le judaïsme tardif intégrant progressivement dans sa pensée l'idée d'une résurrection des morts, on en voit les effets dans la traduction en grec. Par exemple le livre d'Esaïe (26,19) écrit « tes morts vivront » et la Septante traduit « tes morts ressusciteront » , ce qui n'a pas tout à fait le même sens. On comprend que les Pères de l'Eglise aient préféré la Bible d' Alexandrie, au point d'en oublier progressivement la version d'origine en hébreu. Et c'est saint Jérôme, au début du cinquième siècle, qui redécouvre que le texte hébreu est bien différent du texte grec et s'en inspire pour établir sa Vulgate, traduction latine de la Bible. Un autre intérêt capital de la Septante est qu'elle établit une correspondance entre les concepts, souvent d'inspiration grecque, utilisés par le Nouveau Testament, et les concepts d'inspiration plus sémitique, utilisés par la Bible juive. Par là, cette correspondance permet de mieux comprendre le sens des mots. Prenons l'exemple de l'âme, psuchê en grec. C'est typiquement une notion grecque. Que voulaient donc dire les premiers chrétiens lorsqu'ils parlaient de l'âme dans le Nouveau Testament ? La Septante nous indique que ce mot est la traduction du mot hébreu nèfèsh qui signifie plutôt la respiration et par extension le souffle de vie, la personne vivante, la vie. De sorte qu'aimer Dieu de toute son âme, c'est aimer Dieu de toute sa personne, de toute sa vie. La phrase de Mt 10,28 : « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps mais ne peuvent pas tuer l'âme » devrait se traduire par « mais ne peuvent pas tuer la vie » Un autre exemple est la foi, pistis en grec, mais âman en hébreu qui veut plutôt dire la confiance. De sorte que la foi qui sauve, c'est plutôt la confiance qui sauve. Enfin, il faut rappeler que la Bible d'Alexandrie contient des Livres tardifs[10] , certains écrits en hébreu d'autres directement en grec, qui ne sont pas dans le canon juif. On les appelle deutérocanoniques. Ils figurent dans les Bibles catholiques plus attachées à la tradition des Pères et ne figurent pas dans les Bibles protestantes, plus attachées à la tradition juive. Parmi ces livres, celui de la Sagesse, écrit probablement à Alexandrie au dernier siècle avant J.C., montre tout à fait l'influence grecque et annonce certains aspects du christianisme gnostique ou du christianisme tout court. La sagesse y est personnifiée[11] , elle permet de parvenir à la connaissance et à la contemplation de Dieu. Elle révèle Dieu mais aussi elle partage sa vie en gouvernant le monde avec lui. Elle réside chez les justes et leur procure l'immortalité de l'âme, thème typiquement gréco-égyptien . On voit nettement dans cette Sagesse une préfiguration de l'Esprit Saint et aussi du Logos de l'évangéliste Jean. Philon d'Alexandrie Grand penseur juif, contemporain de Jésus, Philon a été le plus loin dans la synthèse entre la philosophie grecque et le judaïsme. Comme l'apôtre Paul, un autre contemporain, il est à la fois très juif et très grec. Ces deux personnages tentent d'immenses synthèses ; Philon à l'intérieur du judaïsme, Paul à l'intérieur du christianisme en cours de formation. Mais Philon ne sait pas l'hébreu et ne connaît que la Bible d'Alexandrie. Il est très influencé par Platon, et aussi, sur certains points, par Aristote et par les stoïciens. Nous ne retiendrons de ce penseur que deux points, particulièrement marquants : Le Verbe Philon tient de l'Egypte et de Platon cette opposition entre esprit et matière et cette idée que l'esprit (la pensée) est préexistant. Pour Philon, ce sont les pensées de Dieu qui façonnent l'Univers, et les choses matérielles ne sont que les ombres des réalités spirituelles. La pensée de Dieu, son Logos, est une puissance agissante, un intermédiaire entre le Dieu inaccessible et l'homme. Elle visite volontiers les hommes justes. C'est la sophia du livre de la Sagesse, mais c'est aussi l'homme parfait, image et figure de Dieu. Nous somme donc là, absolument, à la charnière entre toutes les cultures, égyptienne, grecque, juive et chrétienne ; et si l'on cherche à bien comprendre le prologue de Jean il suffit de relire un peu Philon. La lecture allégorique Philon était un exégète. Il a refait toute l'exégèse du Pentateuque. Il tient des stoïciens, et aussi de l'Egypte et du judaïsme mystique (la Cabale), la technique de la lecture allégorique des livres bibliques. Celle-ci consiste à dire que le texte a un sens caché qui ne peut être révélé que par la connaissance, c'est-à-dire par celui qui connaît . Les Egyptiens faisaient ainsi connaître leurs vérités par des énigmes (telle celle du Sphinx), des mythes, des métaphores dont il fallait trouver le sens. La signification du mot « hermétique », passé dans le langage courant en dit assez là-dessus. En Grèce, tous les textes d'Homère étaient lus de manière allégorique par les stoïciens qui en déduisaient une sagesse très profonde. Prenons un exemple : le livre de l'Exode dit, en 22, 25-26 : « Si tu empruntes un manteau à ton prochain, rends-le lui avant le soir car c'est sa seule couverture » ; il s'agit donc d'être soucieux de son prochain sous un angle très matériel. Mais pour Philon, le manteau en question est la parole, la pensée (encore elle !). Dès lors la maxime de l'Exode devient une exhortation à ne pas s'emparer de la pensée des autres, à les aider à affermir cette pensée plutôt que de la contrer. D'une manière générale, les préoccupations de Philon, qui était issu d'une famille riche, étaient assez détachées des contingences matérielles et ses allégories consistaient souvent à proposer un sens spirituel là où il pouvait n'y avoir qu'un sens social. Le culte d'Isis et d'Osiris L'origine de ce culte se perd dans la nuit des temps mais provient du Delta. Il était particulièrement florissant à l'époque tardive dans le nord de l'Egypte. Ptolémée Ier proclame Isis grande déesse nationale et son culte, associé à celui de son frère et mari Osiris, envahit, à partir d'Alexandrie, l'ensemble du monde gréco-romain, puis toute l'Europe et constitua un concurrent sérieux du christianisme pour ne disparaître que vers le sixième siècle après J.C. La popularité d'Osiris provenait du fait qu'il était le premier ressuscité et que, de ce fait, il jugeait les vivants et les morts et décidait de l'entrée de chacun dans l'au-delà. Chaque année, on célébrait une grande fête qui commençait par trois jours de lamentation et de jeûne en souvenir du dieu massacré et démembré. Puis les prêtres annonçaient la résurrection d'Osiris et la joie s'emparait de tous les fidèles . Les néophytes passaient à cette occasion, lors de cérémonies spéciales dites à mystère, par des simulations de mort et ressuscitaient au petit matin avec leur dieu, ce qui leur donnait la garantie d'une vie éternelle. Ce culte était très présent en Asie mineure[12] , à l'époque de la formation du christianisme, aussi à Corinthe et à Thessalonique. Et bien des théologiens - notamment R. Bultmann - ont vu là une influence sur le christianisme primitif, via l'apôtre Paul. On pense aussi que le culte de Marie, qui se développa bien plus tard, n'est pas sans relation avec le culte d'Isis mère du dieu Horus, ancêtre de tous les pharaons. 3 L'école chrétienne d'AlexandrieAlexandrie reçoit probablement très tôt des premiers éléments du christianisme, puisque c'est par la diaspora juive que le christianisme s'est répandu. Le Livre des Actes et les lettres de Paul nous parlent d'un prédicateur remarquable du nom d'Apollos originaire d'Alexandrie. Toutefois nous ne savons rien du christianisme du premier siècle dans cette ville parce que nous n'avons aucun texte écrit le concernant. La création de l'Eglise d'Alexandrie par l'évangéliste Marc n'est pas bien solide et paraît plutôt appartenir à la légende. Car le plus ancien écrit sur ce point date du 4e siècle sous la plume d'Eusèbe de Césarée : « On dit que Marc fut le premier envoyé en Egypte pour y prêcher l'Evangile qu'il avait composé » . La citation est trop tardive pour correspondre à une réalité historique ; et même Eusèbe n'affirme pas, il rapporte ce qu'on dit. Mais il était courant, à l'époque, de s'approprier un apôtre ou un évangéliste (on confondait volontiers les deux) pour donner de l'autorité à son Eglise. La Didascalée Cette université chrétienne très célèbre est fondée vers 180 par Pantène. Elle se veut être à la hauteur du rayonnement intellectuel de la ville. A la suite de Pantène, Clément d'Alexandrie (150-215) et Origène (185-253) furent les maîtres les plus renommés. Cette école est notamment marquée par une spiritualité et un mysticisme tout oriental, provenant en bonne partie de la religiosité égyptienne. Et aussi par un bon accueil fait à la gnose et à la philosophie platonicienne qui vont assez bien ensemble. La synthèse entre le christianisme naissant et le platonisme, connue sous le nom de néoplatonisme, vient en grande partie d'Alexandrie. La gnose Bien que d'origine incertaine (peut-être la Perse), la gnose s'est beaucoup développée aux premiers siècles de l'ère chrétienne, particulièrement en Egypte. Elle fut combattue par les chrétiens dans ce qu'elle avait de plus extrême, mais elle a aussi influencé le christianisme, notamment l'école d'Alexandrie, l'apôtre Paul et les églises johanniques. Le célèbre chrétien gnostique Valentin était égyptien. Pour la gnose, comme pour Platon, deux mondes coexistent, celui de la lumière où habitent Dieu et les âmes ; celui des ténèbres, ici-bas, où les âmes sont enfermées dans des corps, prisonniers du monde matériel parce qu'ils n'ont pas suivi Dieu. Ces âmes prisonnières cherchent à retrouver la lumière d'où elles viennent. La délivrance viendra de la connaissance (gnosis : le savoir en grec). La seule réalité, c'est le monde de la lumière, de l'esprit, de la spiritualité. D'ailleurs Dieu n'a créé que ce monde-là. Le monde matériel, celui de la Genèse, a été créé par un autre dieu. La gnose est donc dualiste ; en cela elle diffère du judéo-christianisme strict pour lequel le Diable est une création de Dieu et non pas un autre dieu. Elle a une vision pessimiste du monde ici-bas, qui est fondamentalement mauvais. En 1946 fut découverte à Nag Hammadi en haute Egypte toute une bibliothèque chrétienne gnostique très ancienne. Certains manuscrits dataient des troisième et quatrième siècles. C'est notamment là que l'Evangile de Thomas fut retrouvé. Le gnosticisme alexandrin expliquera assez bien plus tard le schisme du monophysisme qui est à l'origine des églises coptes. Origène (185-253) Littéralement en grec « engendré par Horus », Origène est né d'une famille chrétienne égyptienne et enseigne à Alexandrie de 202 à 231. Il a des démêlés avec l'Eglise d'Alexandrie, notamment parce qu'il s'était volontairement châtré, mais voulait quand même devenir prêtre[13] . Aussi, comme nous allons le voir, il a des idées qui ne sont pas tout à fait conformes. Il est finalement excommunié par ses amis alexandrins et se réfugie à Césarée ou il crée une autre école et poursuit son enseignement. Origène est un grand théologien mystique, platonicien, l'écrivain le plus prolixe de son époque. Nous ne signalerons de lui que quelques points marquants : Il professe la préexistence des âmes qui sont d'origine divine, donc de toute éternité. Le Logos s'incarne en Jésus Christ, fils de Dieu, mais être distinct de Dieu et subordonné à lui[14] . Ce Logos influence les hommes pour les conduire vers le bien et les sauver, mais ceux-ci conservent leur libre arbitre. On voit bien la continuité avec les idées de Philon. On lui doit l'Hexaples, ou Bible en six colonnes avec la version hébraïque, diverses traductions grecques et surtout une version hébraïque écrite en caractères grecs, qui sera très utile pour savoir comment les anciens prononçaient l'hébreu. Origène est le premier grand exégète chrétien. En bon mystique, il distingue trois niveaux de lecture : le premier est littéral ou historique, le second est moral et le troisième est spirituel. C'est ce dernier niveau qui l'intéresse le plus parce qu'il lui permet de reprendre la tradition de l'allégorie de Philon. C'est, pense-t-il, ce niveau spirituel qui permet de comprendre le sens caché, le sens par lequel Dieu parle véritablement. Mais l'allégorie permet en fait toutes les interprétations et présente donc des dangers réels. Si nous reprenons l'histoire du manteau commenté par Philon, la phrase de Jésus : « A qui te prend ton manteau, donne aussi ta tunique » peut être vidée de son sens original si l'on considère que le manteau c'est la parole. La méthode allégorique sera l'apanage de l'école d'Alexandrie qui, par ce moyen put « christianiser » la Bible hébraïque. Comme le sens est caché, le sens c'est Christ et toute l'histoire du Premier Testament devient l'histoire de Jésus Christ ! Alexandrie s'opposera à l'école d'Antioche partisane de se limiter à l'interprétation littérale. Cependant les Pères de l'Eglise et un très grand nombre de théologiens ensuite utilisèrent l'interprétation allégorique. Les réformateurs ne s'en dégagèrent pas complètement, mais Calvin s'en méfiait. Ce sont surtout les protestants libéraux allemands du XIXe siècle qui commencèrent à partir en guerre contre les excès de cette méthode. On lira, en note de bas de page[15], et légèrement résumée, une tirade du français Auguste Sabatier sur la question. 4 Les crises de la christologieArius et les conciles de Nicée et Constantinople Au début du deuxième siècle, une certaine tendance du christianisme se mit à dire que Jésus était Dieu. Une autre tendance ne suivit pas et ceci suscita un énorme débat, pour employer une expression modérée . qui se déchaîna et s'éternisa sur plusieurs siècles. Dans ce débat, l'école d'Alexandrie a toujours été du côté de la défense du Christ-Dieu. Sans doute parce que, dans la culture égyptienne, les hommes étaient facilement des dieux ; et aussi parce que, selon Platon, mais aussi selon la gnose, seuls n'existent vraiment que l'Esprit, la Parole. Et la Parole est Dieu. Au contraire, les chrétiens de culture plus sémite (les Ebionites, les Nazoréens), voyaient en Jésus un homme. Les églises d'Asie mineure, hellénisées, mais pas autant que celle d'Alexandrie, naviguaient plus ou moins heureusement entre ces extrêmes ; par exemple la « Grande Eglise » d'Antioche, influencée surtout par le stoïcisme, philosophie assez matérialiste. Mais voilà qu'Arius (280-336), formé à Antioche, s'installe à Alexandrie et se met à dire que le Fils est une créature du Père et qu'il fut donc un temps où il n'existait pas. Il s'ensuit que le Fils était d'une nature différente de celle du Père. Expulsé et excommunié rapidement par l'Eglise d'Alexandrie, Arius se réfugie à Césarée où il est soutenu par Eusèbe et de nombreux autres évêques orientaux. L'Eglise se divise et l'empereur Constantin, qui veut avant tout la paix civile, réunit un concile à Nicée en 325. Après une dizaine de mois de tentatives de recherche d'une position de compromis, Constantin finit par imposer le fameux Symbole, dans lequel Jésus Christ « vrai Dieu de vrai Dieu, de même substance que le Père » est finalement Dieu - le Logos - qui descend du ciel pour se faire homme, formule typiquement alexandrine. Constantin précise que tous les évêques qui ne signeraient pas seraient destitués et exilés. Naturellement tout le monde signe, sauf deux courageux évêques qui sont exilés avec Arius. Mais le problème est que la grande majorité des évêques orientaux sont ariens, contre Alexandrie et les évêques latins. On entre dans une épouvantable période de division pour le christianisme, jusqu'à ce que Théodose 1er soit nommé empereur d'Orient en 379. Très « nicéen », il destitue un grand nombre d'évêques ariens ce qui lui permet ensuite de réunir un concile à Constantinople en 380 et de faire confirmer la foi de Nicée en renforçant le Symbole de ce concile par des précisions sur le Saint Esprit[17] . Le nouveau Symbole de Nicée-Constantinople devient le Credo officiel imposé à tout l'empire. Il contient une première formulation du dogme trinitaire qui est une production alexandrine. Nestorius et le concile de Chacédoine Les querelles christologiques ne sont pas terminées pour autant. Car, si Jésus est Dieu qui s'est fait homme, de quelle manière peut-on être à la fois Dieu et homme ? Nestorius (381-440), formé à l'école d'Antioche, et devenu évêque de Constantinople, réagit contre une déification excessive de Jésus, tendance notamment alexandrine. L'école d'Antioche enseignait que Jésus avait été plutôt un homme supérieur, dont l'union avec le Logos avait été progressive et n'était devenue parfaite qu'après la résurrection. Pour Nestorius, la nature divine de Jésus était « juxtaposée » à sa nature divine (le Logos). Jésus avait donc deux natures. C'est pourquoi il refuse l'appellation de Mère de Dieu pour Marie (la fameuse theotokos) car celle-ci n'a enfanté que le Jésus humain. Et il précise : « la créature ne peut engendrer le Créateur ». Réaction vive des Pères alexandrins, notamment de l'évêque Cyrille, pour lesquels la nature humaine de Jésus est totalement absorbée par la divinité au point de ne constituer qu'une seule nature (monophysisme). Jésus n'est pas un homme mais une âme divine, le Logos, incarnée dans un corps ; schéma tout à fait gnostique et platonicien qu'avait déjà repris le prologue de Jean. Les disputes, suivies d'excommunications réciproques repartent de plus belle. Plusieurs conciles, notamment à Ephèse (431), ne parviennent pas à ramener le calme. En 451, l'empereur Marcien parvient à réunir un grand concile de 350 évêques à Chalcédoine, mais tous orientaux. L'Occident n'était représenté que par deux légats de l'évêque de Rome. On s'en tire avec un texte de compromis : Nestorius est condamné, le monophysisme des Alexandrins est condamné, la theotokos est réaffirmée. Le texte précise que : « Jésus Christ est vraiment Dieu et vraiment homme,... en deux natures,... en une seule personne,... Fils, Dieu,... Verbe ». Les évêques alexandrins rentrent chez eux pas très fiers, d'autant plus que, dans l'ordre de préséance des patriarcats, Alexandrie était passée, à Chalcédoine, de la seconde place à la quatrième. Il avait fallu faire une place à Constantinople qui était devenue capitale d'empire et Antioche avait réussi à passer devant sa rivale[18] . La définition de Chalcédoine n'est pas acceptée par les églises égyptiennes qui veulent rester monophysites et déposent les évêques égyptiens qui revenaient de Chalcédoine. Elles se séparent de la grande Eglise, suivies par les églises arméniennes et quelques églises syriennes. C'est le premier schisme de l'histoire du christianisme, qui donnera naissance, en Egypte, aux églises coptes. Les nestoriens de leur côté, sans rompre avec la grande Eglise, resteront nestoriens et se répandront en Perse et en Syrie. Des églises nestoriennes existent encore aujourd'hui, par exemple en Irak. Aide-mémoire pour s'y retrouver : A Nicée - Constantinople , le problème principal est celui de la relation entre le Père et le Fils. Ce sont les idées trinitaires d'Alexandrie qui l'emportent : Trois personnes (Père, Fils et Saint Esprit) en une seule substance. A Chalcédoine , le problème principal est celui de l'articulation entre les natures divine et humaine de Jésus. Ce sont plutôt les idées diophysites d. Antioche qui l. emportent : Jésus Christ est une seule personne en deux natures, divine et humaine. 5 Les églises coptesAprès le schisme, deux églises se font concurrence en Egypte. Une église schismatique, dite aussi pré-chalcédonienne, monophysite ; et une autre restée fidèle à la grande Eglise, byzantine et donc rattachée au patriarcat de Constantinople. Cette dernière est implantée surtout dans les grandes villes, là où il y a des grecs qui représentent à nouveau la puissance occupante, puisque nous sommes sous l'empire byzantin. L'église schismatique, dite copte (ce mot vient du grec aeguptios qui signifie égyptien), reste installée surtout dans les campagnes, c'est à dire dans les monastères[19] , loin du pouvoir central. La séparation de ces églises reflétait évidemment un problème politique à peine voilé. Les Egyptiens souffraient d'une occupation byzantine pesante et prélevant de lourds impôts. En se prononçant pour une église séparée, ils prenaient leurs distances par rapport à la tutelle étrangère, ce qui entraîna répressions et persécutions. Evidemment ces querelles politiques ne permirent pas de mieux se comprendre au sujet de la double nature du Christ. Si bien que les Coptes firent plutôt un bon accueil, en 640, aux conquêtes musulmanes. Pour eux, c'était une sorte de délivrance, ainsi que l'écrit, au XIIe siècle Michel de Syrie : « Le Dieu des vengeances, voyant la méchanceté des grecs, qui, partout où ils dominaient, pillaient cruellement nos églises et nos monastères et nous condamnaient sans pitié, amena de la région du sud les fils d'Ismaël pour nous délivrer. [...]. Ce ne fut pas un léger avantage pour nous que d'être libérés de la cruauté des Romains. Ce sentiment de gratitude envers les libérateurs musulmans ne dura pas indéfiniment. Beaucoup de conversions à l'islam se firent progressivement car le vainqueur est toujours attirant et il est plus confortable d'avoir sa religion. Il y eut aussi l'érosion due aux mariages mixtes. La situation des chrétiens coptes n'a cessé de se dégrader au long des siècles. Persécutions, massacres, déportations ne les épargnèrent pas. Ils ne représentent plus aujourd'hui que 6% de la population. Au dix-septième siècle, certains Coptes cédèrent au charme d'un rattachement à Rome[20], qui les acceptait avec toutes leurs traditions, leurs rites, et leur théologie . Ils pensaient, de cette manière, être mieux défendus vis-à-vis de la pression musulmane. De plus, sous le protectorat britannique, les missionnaires anglais firent des conversions et initièrent une église presbytérienne copte . De sorte qu'actuellement l'Egypte comporte des Coptes orthodoxes, catholiques romains et protestants, sans compter les orthodoxes byzantins ! Aujourd'hui on se plaît à reconnaître, aussi bien du côté copte que du côté de l'orthodoxie byzantine grecque, que la querelle du monophysisme résultait de malentendus, le mot grec physis (traduit par nature) n'ayant pas le même sens profond à Alexandrie et à Constantinople. Mais l'église copte a eu le temps de prendre goût à l'indépendance... [1] Aux temps anciens, chaque peuple avait son dieu qu'il adorait. S'il n'adorait que lui seul (comme le Décalogue le demande), il était monolâtre, et non pas monothéiste, car il admettait que, pour les autres peuples, d'autres dieux existaient. Le monothéisme consiste à reconnaître qu'il n'y a qu'un seul Dieu pour tous les peuples, un Dieu de toute la terre. [2] Peut-être s'agit-t-il, comme pour Moïse, d'une figure légendaire qui récapitule l'ensemble de la sagesse égyptienne. [3] Le christianisme en construction a-t-il été influencé sous cet angle par les mythes égyptiens ? [4] Ce qui est bien normal puisque le Deutéronome et le Livre de Samuel ont été écrits plusieurs siècles après le règne de Salomon. Il faut donc les lire comme une contestation du phénomène royal. [5] La possibilité de vie après la mort n'apparaît que dans le judaïsme tardif (disons deux ou trois siècles avant J.C.), sous l'influence des Perses, des Grecs, et justement des Egyptiens. [6] Dans la pensée égyptienne, l'âme, bien qu'elle quitte le corps, ne peut survivre que si le corps est conservé, car elle revient le visiter de temps en temps. D'où l'importance de la momification. [7] On notera que l'hermétisme a développé l'idée d'un dieu d'amour, ce qui sera repris par les Hébreux, amplifié par le christianisme, mais n'est pas une idée grecque. [8] La légende raconte que cette traduction fut effectuée par soixante-dix docteurs juifs qui, chacun séparément, parvinrent exactement au même texte en grec. D'où ce nom de Septante qui ravit nos amis suisses et belges ! [9] La Bible hébraïque ne s'est figée dans un canon qu'à la fin du premier siècle après J. C.. [10] Esther, Judith, Tobie, Maccabées, Sagesse, Siracide, Baruch, lettre de Jérémie. [11] Sg 9,9 : Près de toi se tient la sagesse qui connaît tes oeuvres et qui était présente lorsque tu créas le monde.. [12] Ainsi d'ailleurs que d'autres cultes païens [13] Normalement, un prêtre doit être en possession de la totalité de son corps. [14] Origène prend donc un peu ses distances par rapport au dogme de la trinité qui n'est, à cette époque, qu'en gestation à Alexandrie. Il influencera Arius. [15] Comprendre un livre, c'est en le lisant, repenser ce que pensait son auteur quand il l'écrivait... Mais l'auteur a parlé pour être compris, il s'est servi de mots dans leur sens usuel et déterminé... Ses phrases n'ont qu'un sens, le sens philologique historique. Si vous admettez des sens multiples, en dehors du sens naturel évident, il n'y a plus d'exégèse scientifique. L'interprétation n'est plus que de la fantaisie, un jeu d'esprit sans gravité. C'est ainsi que ce premier principe fermement établi, en précisant le caractère littéraire de la Bible, coupe court à toute explication allégorique, à toute distinction entre un sens grammatical et un sens plus profond, théologique, spirituel, comme on a voulu l'appeler. [17] C'est notamment à Constantinople que l'on précisera que « l'Esprit Saint procède du Père ». Plus tard l'Eglise romaine se mettra à rajouter « et du Fils », ce qui sera le prétexte du schisme entre Rome et Byzance. [18] A Nicée l'ordre de préséance des patriarcats était : Rome, Alexandrie, Antioche, Jérusalem. A Chalcédoine il devient : Rome, Constantinople (Byzance), Antioche, Alexandrie, Jérusalem. [19] C'est en Egypte que s'est développé en premier, et dès le troisième siècle, le monachisme. [20] Dans toutes les terres orthodoxes, certains groupes de fidèles se sont, ces derniers siècles, rattachés à Rome. On les appelle les Uniates. |